Loris

Carl Kleiner


Dire que demain ne viendra pas
Supposons que la lune devienne un gouffre glacé
Supposons que le sweet-gum est pétrifié
Dire que le soleil est un infect feu de pneu noir
Dire que les yeux du hibou sont des piqûres d'épingle
Dire que le raton laveur est une tache de goudron chaud
Dire que le fossé est en plastique
Dire que la cuisine est un cadavre de vache
Se dire que nous ne la verrons jamais Lumineux futur coincé comme une star de cul jamais éblouissante
Se dire qu'on ne la rencontrera jamais
Ni lui, d'ailleurs
Dis : ça n'a pas d'importance
Dis : ce sera suffisant
Dis que tu voudras toujours ça : nous voir vivants

Laisse faire la nature
Civilisation parfumée s'épanouissant sur les champs bleus étoilés de la salicaire, bobines capiteuses de lavande aspic, de trèfle comestible faisant signe de dire hello sans ecchymose : une pincée de dent de violette + une pincée de notes de pied d'alouette Et comme disent les marchands d'indigo :
dites-le avec des fleurs
La joie est venue de partout
Rose le peau de pêche, rose à la pomme, blanc à la poire
Voile après voile, lutte pour les criquets plumeux
Babillage de juin
Panache jaune pour les saules
Doux comme un spray de Ventoline
Langues des amoureux de la châtaigne, des peupliers
Cheveux soufflés par le vent
Chênes et sycomores nus, sans confort, endoloris par l'acier, par l'observation sombre et vieille

Les arbres sont témoins de tout
        Courtiser les robes des hêtres, des mélèzes éclaboussés d'or, jusqu'au souffle d'amour du lilas

Si les indisciplinés sont mon besoin,
qui reconnaîtra un imbécile essayant d'imiter la flèche avant de lâcher l'arc ?

Le mépris érige un large cadre que presque tout le monde peut traverser
Ne tente pas ce voyage sans un fouet pour l'effort
Pause
Les étoiles astrales et pâles sont apparues au cornouiller
Les brumes sont devenues pink sur le rouge Bud
Nous sommes tordus et tordus
Le sommeil est un lavage de cerveau
Vague de chagrin, ne me noie pas. Maintenant, je vois l'île
Toujours en avance d'une manière ou d'une autre,
je vois l'île et ses sables sont blonds
Ce ne sont que des oies sauvages
Je peux les entendre
Leurs ailes poussant la métaphore vers le bas
Ils ne sont pas la sagesse ou la liberté ou l'histoire
 Ils ne sont pas ce qui est perdu
Ils ne sont pas intéressés par trouver la vérité puisqu'ils ont déjà vu nos entrailles,
aidés par des pots de vin

Les corbeaux se sont levés tôt et loin de tous les points d'interrogations

Avez-vous déjà été debout sur une autoroute dans le noir n'entendant qu'une chanson,
n'apercevant qu'un feu cramoisi qui vainc les odeurs piquantes de la sauge poussiéreuse,
dormi dans un brusque remuement de troupeaux entassés
sous une rupture de plateaux lointains à travers des brumes pourpres montantes,
plongé dans des fossés d'eau argentés sous les torches,
une lance rapide jetée bas ? 



 

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