Burden

Marlène Dumas - Billie

Ah, cette nouvelle jeunesse ardente
Avoir le même souffle mais pas nécessairement la même vie
Aller de zéro à héros ou de héros à zéro
Partout où la vie sera féroce, il y a jouvence
 Juventus
Le décor est somme toute familier mais pittoresque

De la poulie aux pigeons

Nord

Nord-est
Sud
Sud-est

Aller et chanter une rage où tout est calculé dans un voyage permanent
Creux souvenirs à l'échelle géologique, éboulement généalogique

Le persistant demeure et encombre le rien, au risque de passer pour une sentimentale

Le peuple cache son visage vert maladroitement
Les maisons sont aplaties, glauques et morbides
Nommer les absents qui préoccupent
Translation qui tente l'expérience d'une histoire complémentaire où se trouve une tangente,
heure de cours de vertige de tous les chemins seuls

Un clown est là en deuil, près d'un lampadaire, sur une avenue
Il n'est enveloppé de rien,
Il est nu
Il ne rit plus
Il hurle sa plainte commémorative :
Doooooo
Inventer le zéro

 J'entends une voix mais ce n'est pas la mienne

Une maghrébine descendante d'une colline d'ecchymoses traverse un champ de maïs bleus
Hijab, turban, doudoune, souliers plats : la belle vision horrifique de génération en plastique

Bruyante locataire des quartiers de la rue du commerce,
elle a soif d'oubli mais insiste tout de même sur l'importance de sa présence
Contorsionniste dans une époque électrique du nucléaire
qui s'évade fantomatique dans une tour de béton 
ou chez Action

Que son absence soit portée au nombre des entiers premiers
Laisser conduire le solstice d'hiver, la fraîcheur des gros melons

Dominante
 Dominus
 Dominée
 In nomine

Peau du sale langage vener | Fusionner une plus belle mouture | En pleine lumière | Avec un doigt levé | 
 Batterie de vent | Voiture qui glisse dans le fossé | Fantôme dans l'hémisphère gauche | Un effacement |  
Battement de tambour | Déchiré le long de la couture | Glissement de terrain et éclatement |  
Vous serez déchiquetés | Vous serez appelé fouineur | Vous serez gonflés | Vous serez appelé sauveur | 
 Toutes ces histoires balbutiées dehors | Vague | La seule langue | Bouteille de vin vide |
 Peut-être qu'après nous saurons s'il y aura de la place pour de la reconnaissance | 
J'accrocherai un ruban au-dessus de l'eau | Frais de recherche à quiconque pourra indiquer l'itinéraire |  
Ici | Après | 
Une fois, l'électricité avait rampé à travers mon bras et soulevé une ampoule au bout de chaque doigt | 
Une fois, je m'étais étouffée avec une pierre | L'air me poussant contre une barrière |  
Une fois, une voiture nous avait heurté de plein fouet | 
Des fragments de verre dans mes cheveux, une jambe cassée |
  Je m'étais tirée d'une vie pour entrer dans une autre |  
Un jeune homme apprend à tirer dans la boue |
Le lit se plaint qu'il est un devoir difficile |
  La basse pression roule le long de sa colonne vertébrale et s'installe |
Racine pour les Red Wings, les lions et les tigres | 
 Danse Bien | La blague sera rapide |
 Tais-toi avec tes poignées de main | Il parlera rarement de la guerre |  
Si demandé, il te racontera à la place son histoire préférée 
Ulysse s'échappant du Cyclope | avec un mauvais jeu de mots et un bâton pointu | 
Il s'agit de gagner du temps |  
Il s'agit de faire ce qu'il faut pour rentrer au plus vite chez soi | 
Ils ont pris toute la sagesse et nous ont laissé l'inquiétude |
Bien 52 longues années, dites-vous ? |  
Vous avez argenté sur la tête |
Nous avons fait la fête dans le sud-ouest wallon |  
Notre rire aigu était jeune, sans cœur ni autorité et irrespectueux |  
Nous étions si naturellement déchirés | Nous n'avons jamais été surpris | Nous vivons de regrets |  
C'est tout ce que nous avons à manger |
Je vois trois formes allongées sur des civières | Sans surveillance |
Sur chacun, une ample couverture de laine brunâtre |
Curieuse, je m'arrête et reste silencieuse | Avec des doigts légers, je soulève la couverture |
Un premier visage | Un homme âgé | Un deuxième visage | Un enfant aux joues encore épanouies |
Un troisième visage | Un bel ivoire jaune/blanc |
Jeune homme, je pense te connaître | Je pense que ce visage est le visage du Christ lui-même |
Mort et divin | Frère de tous |
Là encore, il ment |
La musique curieuse que j'entends | Si un pied extraterrestre profane le chemin alors, il regarde aussi,
 le mâle qui a taillé ma terrasse | 
Qui surveille ma simple demeure |
Son défunt royaume de la route |
Quand sommes-nous devenus amis ? |
C'est arrivé si progressivement que je n'ai pas remarqué |
Peut-être que je devais d'abord m'enfuir |
Prendre une grosse gorgée de Honky et m'étouffer dessus | C'est peut-être ce qui doit arriver aux arrogants |
 Trésor à enterrer de l'intérieur | Quand ce serait la seule pièce que je possèderais |
Brodée de transgressions pour chaque jour de la semaine | Mots coupés |
Quelle demande de rançon ? | Que savez-vous d'une éducation volée ? |
Marquage des passages préférés avec les aiguilles des heures palmées | La montre omniprésente |
Pardonnez ma propre joie | Choisir une autre échelle clignotante | Sauvez les boules de charpie |
Les rires | Dans une fiole faite d'eau de mer | Eloignez les écailles |
Quand est-ce que ça a commencé ? | Les orteils creux et enracinés 

À la racine de toute grande culture se trouve un chant de vie, une épopée sacrée
C'est étrange combien, et depuis combien de générations un peuple puise dans cet héritage essentiel
La source, le standard du langage est bien plus que le langage :
l'épopée, comme un mode musical, possible développement symphonique de tout âge de l'histoire
De tels poèmes étaient vécus et pensés, chantés avant d'être écrits,
alors seulement ils devenaient des écritures

Parfois un Dieu vous parle

Dans les étincelles noires de particules de poudre, du feu sous-jacent,
le substrat de sa poésie, le feu voilé du Christ

Un homme attend sa fin redoutant et espérant tout
Plusieurs fois, il est mort
Plusieurs fois, ressuscité
Les cloîtres avaient peint sur leurs murs la Vérité sacrée de l'Ecriture Sainte
Ces images avaient réchauffé le cœur des hommes de foi
et apaisé le froid à l'intérieur de leurs cellules rigoureuses
La parole du Christ était prospère
Plus d'un moine célèbre, inconnu aujourd'hui qui installait son chevalet dans un charnier
glorifiant la mort d'une manière directe 
Jamais cela n'avait été plus clair qu'après cet âge de la raison
où les vielles mythologies étaient expliquées, les valeurs, ainsi que les dogmes de la chrétienté attaqués
Le sage ou le prêtre les enseignait en termes épiques
Héritiers de braises rouges dont les plus féroces brûlent la main négligente,
le sceptique professionnel dépendait, en grande partie, de contradiction
Ces choses étaient apprises et si peu crues
Le leader laïc était interpellé plus qu'il ne croyait
Plus vrai de dire qu'aucune mythologie ou symbologie avait été apprise sans la Parole
Il y a des noms que chaque chose a pour elle même et, au-dessus de nous, l'autre ordre se meurt déjà
Péage défoncé au couteau de silex

Désolé, désolé, désolé, désolé,
Nous sommes désolés.
Nos vêtements sont sans pitié, ils ont bien l'intention de nous survivre
Nos chapeaux rusés, on les surprend en train de ricaner dans les miroirs
On pourrait s'offrir de nouveaux tee-shirts audacieux avec des slogans grossiers

L'original était l'exemple d'un poème qui pouvait parler de lui-même
mais qui perdait confiance en sa capacité à se laisser mourir, en terminant par une thèse non fondée
Yeats disait qu'un poème devait se fermer comme une boîte
 Je ne suis pas en désaccord quand je lis le Candélabre à plusieurs têtes, l'animal
Qui peut voir et ne pas voir les lynchages ?
La perte de la beauté n'est toujours pas une perte
 C'est rêver qu'elle brûle. C'est le réveil

Orwell disait, lui, quelque part, que personne n'écrit jamais la véritable histoire de sa vie,
l'histoire de ses humiliations
Les membres humains brûlent comme des branches
et les branches brûlent comme des membres humains

Une fois, j'ai accusé un innocent, une autre fois, je m'étais inclinée et j'avais prié des coupables
Quelqu'un m'avait vue là-bas, c'était le pire de tous. Inoubliable
Totem
Qui a interrogé quelqu'un d'autre qu'Adam sur le fruit étrange suspendu qu'ils connaissaient ?
Ni crainte ni espoir d'assister à la vision d'un animal mourant
Que ce chanceux soit noir si éloigné du verbe Lynch qu'il en est abasourdi, par sa propre signification,
son imagination et non sa mémoire qui se déchaîne
 C'est un leurre

Ton corps n'est pas mon cheval d'arçons ni ma piscine olympique ni même mon plongeoir
Ton corps n'est pas mon jeu d'entre-saison ou mon éliminatoire,
mon horizon brillant, ma contradiction tranchée
Ton corps n'est pas un bon pour un examen d'entrée ou un entretien pour une naturalisation
Ton corps n'est pas ma récompense de gala
Ton corps n'est pas mon parti politique, ma convention ni ma ligne de front ou mon théâtre de guerre

La sphère immigrée d'où les pétales tombent derrière le rideau rouge dans un tango de remords
Quand tu laisses ton corps s'aiguiser, ce n'est ni un test ni un projet solo
à égale distance d'ailes dans une boîte noire, sur une scène battante
Tu es citoyen de ta peau
Un jour, tu prouveras comment mentir sans anticiper les tableaux de bords
Ramasser une flamme orange vif puis des lettres blanches ternes et cloquées
se résorbant jusqu'au tarmac, l'asphalte taupe
Conduit dans la sphère piquée, pâle percée dans un ciel hors de portée, hors d'atteinte
Point de fuite reculant et pelage, un des lampadaires est jauni

Ils s'étaient arrêtés pour prendre une cargaison 
Mais laquelle ? Sur quel quai ?
Mars, surfait avec un fret, attend patiemment la neige voyageant vers l'Est

Fumée de soufre durcie par un méthane, tuyau de combustion de gaz,
flamme ébréchée soulevant un contrefort du temps, des briques brûlées, du vent qui s'écaille
Il avait rendu la tête de hache nettoyée et affutée
Si j'écrivais une histoire radioactive jusqu'à la fin des temps, les gens, leurs yeux tomberaient
De leurs mains brûlées par une tempête de feu, ils ne pourraient pas peler leurs gants assez vite
Merci Faith de ne pas avoir empoisonné toute ma famille

Dans la vie, si je pouvais dire avec certitude ce que j'ai aimé,
il y aurait aucun tunnel nécessaire pour aucun intérieur ou transports terrestres
Quand j'avais pensé à m'évader, je remerciais un homme mort

J'appelle le maître des esclaves qui a perdu la trace de son ancêtre
J'appelle le soldat avec son bras fatigué qui n'avait pas coupé assez profondément
dans la poitrine de son arrière arrière grand-père pour le tuer proprement

Avec quelle rapidité, nous glissons dans le temps,
laissant derrière nous une traînée de miettes de muffins et des serviettes mouillées
Aux mouvements de la gueule du lion, la gueule a compté tous ceux qui sont entrés
et qui sont partis de façon capricieuse, au petit bonheur

Puissions-nous l'utiliser contre les autres avec la même habileté,
quand les leçons sont souvent données par ceux qui n'avaient pas l'intention de donner quoi que ce soit



 

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